Historique
SS Nelson à Pilot Bay

ITINÉRAIRES

Avant l'arrivée des Européens, le lac Kootenay sert plus ou moins de frontière géographique entre deux tribus Autochtones : les Sinixt (indiens des lacs Arrow) et les Ya-qan nu-kiy (bande indienne du bas Kootenay qui appartenait à la Première nation Ktunaxa). Les Ya-qan nu-kiy vivent autour de l'extrémité sud du lac Kootenay. Les Sinixt ont pour leur part établi leurs villages permanents à l'ouest du lac et de son bras ouest. Les chutes situées à l'endroit où se trouve aujourd'hui la communauté de Bonnington Falls empêchent la remontée des saumons dans les rivières Columbia, Kootenay et Slocan. L'absence de poissons, une importante ressource alimentaire, décourage l'établissement de communautés permanentes autour du bras ouest et de l'extrémité nord du lac Kootenay.

Le nombre relativement élevé de sites recelant des pictogrammes le long des berges du lac Kootenay, en particulier près de son extrémité nord, semble prouver que les deux tribus attribuaient une forte valeur spirituelle au lac Kootenay dans leurs traditions.

Les premiers explorateurs de la région des Kootenays utilisent les cours d'eau de la région pour se déplacer malgré les nombreux obstacles qu'ils y rencontrent. David Thompson, au service de la Compagnie de la Baie d'Hudson, explore ainsi la région en canoë au printemps 1808 pour tenter d'ouvrir une route navigable jusqu'à l'océan Pacifique. Parti du sillon des Rocheuses (Rocky Mountain Trench) en direction de l'ouest, il remonte à la rame une partie du lac Kootenay. Thompson renonce cependant à aller plus loin par manque de temps et parce que les indiens Kootenay, avec qui il a passé l'hiver, l'ont informé que la route est parsemée de cascades et de portages. La Compagnie de la Baie d'Hudson explore une nouvelle fois la région dans les années 1820 et 1840 et remarque la présence de riches gisements de minéraux le long des berges du lac Kootenay. L'isolement géographique de la région décourage cependant la compagnie d'exploiter sa découverte.

En 1865, Edgar Dewdney, au service du gouvernement provincial, envisage d'utiliser le lac pour joindre les deux extrémités du chemin qu'il a ouvert entre la rivière Rock à l'est et les champs aurifères de la rivière Wildhorse. Il conclut néanmoins qu'une traversée du lac serait trop longue et il dévie son tracé par le sud. Les mineurs qui explorent la région auraient certes besoin d'un traversier pour passer d'une berge du lac à l'autre mais un tel service serait sans doute trop lent pour leur quête frénétique du métal jaune, ou trop cher, suivant qui est en charge de son exploitation.

Les pionniers européens commencent à arriver dans la région du lac Kootenay alors que les mineurs la quittent, à la suite du déclin des activités minières dans l'est des Kootenays et la région de Big Bend. Les chercheurs d'or s'en vont plus loin, à la recherche d'autres régions prometteuses. Les mineurs et les explorateurs commencent alors à emprunter les sentiers ouverts par les Sinixt et les Ya-qan nu-kiy dans les monts Purcell, pour prospecter les montagnes. L'ouverture en 1888 de la mine Silver King, au-dessus de la future ville de Nelson, s'accompagne de l'aménagement d'un sentier vers le sud jusqu'à l'État de Washington et la vibrante ville de Spokane. Baillie Grohman, de l'État de Washington, qui s'efforce de drainer le riche delta à la base du lac Kootenay pour y aménager des terres agricoles, importe le Midge, le premier bateau à vapeur à sillonner les eaux du lac. Rapidement, plusieurs autres bateaux vont suivre. Le lac Kootenay devient alors un véritable carrefour fluvial qui permet de relier les nombreuses communautés qui viennent de naître sur son pourtour.

L'apparition des voies ferrées dans la région, avec l'établissement de Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP) et de Chemin de fer le Grand Nord du Canada, signale un nouveau degré de développement. La ligne construite par CFCP entre Robson, à l'est, et Nelson, est baptisée la « voie qui relie nulle part à nulle part ». Une importante flottille de vapeurs à une roue assure alors le transport des passagers et des marchandises dans toute la région.

Avec l'arrivée de l'automobile, les travaux d'aménagement du réseau routier s'intensifient et la flottille de vapeurs à une roue perd rapidement son utilité. La construction de la liaison ferroviaire entre Kootenay Landing et Procter en décembre 1930 marque la fin du service des vapeurs à une roue sur le bras sud du lac, bien qu'un bateau soit conservé pour assurer le transport des voitures. En 1931, le SS Nasookin est ainsi converti en traversier pour véhicules sur le lac Kootenay et il assurera ce service jusqu'en 1947. Ce traversier, qui relie Fraser's Landing sur le bras ouest du lac à Gray Creek, sur la rive est, est le dernier maillon de la route qui traverse la Colombie-Britannique.

Après la mise hors service du SS Nasookin et l'ouverture en 1965 de la route Crownest par le col Salmo-Creston, la traversée du lac Kootenay devient un itinéraire secondaire. Aujourd'hui, cette section reste néanmoins essentielle puisqu'elle offre un itinéraire de remplacement lorsque les avalanches bloquent la route en altitude durant l'hiver. Même si les traversiers continuent à sillonner quotidiennement les eaux du lac Kootenay, l'ère romantique des vapeurs à une roue fait maintenant partie du passé.

Le vapeur à une roue Nasookin sur le bras ouest
Le SS Nasookin, servant de traversier pour automobiles, approche Gray Creek. Le bus est stationné en travers à la proue car il ne rentre pas sur le pont marchandises avec les autres véhicules. Mention de crédit - photo : Touchstones Nelson Archives
Le vapeur Midge sur la rivière Kootenay
Le vapeur Midge sur la rivière Kootenay, près de Creston. Mention de crédit - photo : Touchstones Nelson Archives